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Réflexions sur le langage

De toutes les représentations exogènes de l’esprit humain, il en est une qui semble trouver tout son sens dans nos sociétés contemporaines : le langage. Tout semble avoir été dit à son sujet. Peu envieux toutefois lorsque l’on sait qu’il a rendu fous bien des hommes de bon sens, et qu’il a entraîné bien des quiproquos dans les plus simples situations. Son influence sur notre pensée est totale:  on pense d’ailleurs souvent à tort que les mots nous viennent en fonction du raisonnement que l’on tient. C’est en réalité l’inverse qui se produit : notre raisonnement est terriblement inspiré par notre langage. C’est la raison pour laquelle un langage réduit provoque des difficultés à comprendre son propre raisonnement. Pour saisir à quel point le langage est propre à chaque individu, il faut s’attarder sur sa perception. Chaque être doué de facultés se créé une image qu’il associe à une notion. Cette image peut être le fruit d’influences externes, comme par exemple une définition du dictionnaire. Une fois le mot prononcé, c’est cette image qui ressort instantanément du plus profond de notre mémoire. Cette image est différente chez chacun d’entre nous, car elle est associée à notre perception personnelle de la notion. Cette perception personnelle provient d’une perception secondaire que l’homme a pu acquérir par le passé, ce qui limite les variations de sens que l’on peut donner à une même notion.

Ces variations dépendent de ce que j’appelle le niveau d’universalité de la conception de base, c’est-à-dire le niveau d’acceptation populaire d’une conception. Plus une conception fait polémique, moins son niveau d’universalité est élevé. De la naissent les fameux quiproquos, et les incompréhensions inconscientes. Inconscientes car elles ne nous paraissent pas à l’esprit puisque notre raisonnement a correctement suivi son cours, et que l’incompréhension s’effectue sur la base d’une différence inconsciente de conceptions. Il n’y a point de conceptions erronées, les conceptions a priori bonnes sont celles comportant le degré d’universalité le plus élevé. L’universalité n’est jamais qu’une notion que tous les hommes d’une époque acceptent. Ainsi des vérités fondamentales peuvent être balayés par la jeunesse et la philosophie.

A vrai dire, la création magnifique de l’Homme  qu’est le langage est à double tranchant. En effet, à travers la masse de toutes les inconsciences du monde, le langage se développe. Il constitue une forme de vie désormais indissociable de l’Homme. Darwin disait de lui qu’il représentait l’une des caractéristiques principales différenciant l’être humain des animaux (à noter qu’il accepte un langage propre à tous les animaux, et qu’il explique la différence entre ces langages et le notre par un degré d’évolution différent et non par une nature différente). Ainsi, plus une espèce est douée de facultés intellectuelles élevées, plus son langage est développé. Le nôtre s’élève donc telle une institution que tous les êtres humains doivent accepter, sous peine de se voir exclure de toutes les sociétés. Le langage est devenu une clause de sociabilité indispensable, comme si lui seul pouvait distinguer l’être humain des autres espèces. Il nous faut donc l’accepter dès notre naissance, avec ses qualités et ses défaillances. Dès lors, il nous permet de manipuler autant qu’il permet aux autres de nous manipuler. Chaque mot poursuit un but recherché par son auteur, une cible que seule un vocabulaire garni peut rendre précise. Et c’est là la principale différence entre le langage des animaux et le nôtre : l’un agit sur les sens, et l’autre agit sur la raison de l’Homme  (qui ensuite peut agir sur nos sens). C’est la double dimension des mots. Ils provoquent un raisonnement, duquel peut découler un sentiment. Chez les animaux, les sons agissent directement sur les sens; les actions sont dictées par la force qui provient du sentiment, ce que l’on appelle l’instinct. Il coexiste chez nous avec la raison, comme l’explique Kant dans ses Fondements de la Métaphysique des Mœurs. Cette raison purement humaine tente de le maintenir sous son contrôle car la rapidité de l’action effectué par instinct ne lui laisse pas le temps d’effectuer son travail empirique, à savoir l’analyse puis le raisonnement. L’instinct ne subsiste chez nous que pour combler aux défaillances de la raison, pour réagir aux situations que cette dernière n’a pas su prévenir.

Ainsi le langage demeure l’arme principale de la raison face à l’instinct primitif. C’est la pensée qui le fait évoluer, car elle permet de découvrir de nouvelles notions qu’il faut impérativement expliquer sous peine de se faire déborder par l’instinct. Car l’Homme, dès lors qu’il ne cherche plus un sens à la vie et au monde, n’en est plus un. Il est d’ailleurs impossible de limiter notre esprit ; la pensée est ainsi le seul rempart de l’Homme contre lui-même.

 

Aurélien G.

 

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